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Poésies tombées du Ciel 19

15 Octobre 2020 , Rédigé par Gene McBreth Publié dans #Poésie-Spiritualité

 

Du temps que j'étais incarné, 

J'ai toujours souffert, étonné, 

Qu'on put vivre en pleine ignorance.

Le doute, au chevet de chacun

Se dresse et dit : Est-il quelqu'un

Pour guider l'humaine espérance ? 

 

Est-il, par-delà les cieux clairs, 

Sous les foudres et les éclairs, 

Un front qui, sur l'homme, se penche ? 

Sous les brusques éclosions

Des aurores et des saisons

Est-il une juste revanche ? 

 

L'Aube, à la couronne d'argent

Épandant son habit changeant, 

La suave et douce rosée

Savent-elles, dans leurs splendeurs, 

Qui connait, en les profondeurs, 

Réponse à l'énigme posée ? 

 

Le rayons du soleil levant

Surprend-t-il la règle du vent 

Qui, sur l'immensité, s'égrène ? 

Meurt-il sur le pâle miroir, 

Où se reflète l'ostensoir

De l'éternité souveraine ? 

 

A l'âge où l'on croit à l'Amour, 

Quand l'étincellement du jour

Fleurit d'idéal tous les rêves, 

Lorsqu' Avril met, dans les jardins, 

La blondeur des printemps soudains, 

Les senteurs, les floraisons brèves, 

 

Lorsque le cœur, cet étourdi, 

S'élance, tranquille et hardi, 

A l'assaut des rêves étranges, 

Quand l'homme viril, confiant, 

Nargue le ciel en souriant, 

Lui, le risible élu des fanges, 

 

J'ai souvent posé dans ma main

Mon front, qu'un obscur lendemain

Assombrit de son auréole, 

Et, troublé d'un subit émoi, 

J'ai plongé dans le gouffre " moi ", 

Telle l'abeille en l'alvéole.

 

Mais, hélas, je n'ai rapporté

Que le miel frelaté

Du torturant et triste doute...

Dieu, trop loin de nous, retiré, 

Fuit notre pauvre œil égaré...

Et nous sommes seuls sur la route ? 

 

J'ai crié ! L'écho des vallons

A répondu très bas : " Allons ! "

Puis la voix de la solitude, 

En mon esprit exaspéré, 

Silencieuse a murmuré, 

Sous les rythmes de l'amplitude, 

 

J'ai tendu le poing, menacé...

Mais mon geste s'est effacé

Dans une implacable ironie...

J'ai prié, supplié, maudit, 

Interrogé cet interdit

Qui pèse sur notre agonie...

 

J'ai promené le lourd chagrin, 

Enfin, récité, grain à grain, 

Le rosaire de la souffrance...

J'ai traîné sur tous les chemins

Le billot des désirs humains

Et l'amère désespérance...

 

J'ai sangloté comme un enfant, 

Brisé mon cœur en étouffant

Sous l'épouvante et sous l'angoisse...

Hélas ! Hélas ! mais toujours seul

Je filais le morne linceul, 

Sans que ma misère décroisse.

 

J'ai fui vers de riants coteaux, 

Où vignobles et boqueteaux

Mêlaient leurs teintes inégales...

J'ai vu de grands monts chevelus, 

Des blés fauves, d'âpres talus

Bourdonnant du chant des cigales.

 

J'ai gravi de mornes sommets

Que le ciel ne dore jamais

De ses chauds et féconds sourires...

J'ai sondé des gouffres affreux, 

Des antres, au front ténébreux, 

Emplis d'horreur et de vampires...

 

J'ai rêvé près des flots ardents

Où, de voilures débordants, 

Glissaient, parmi des brouillards roses

Des brigantins et des vaisseaux, 

Brisant, de la mer, les assauts, 

En subites apothéoses.

 

J'ai traîné dans les vieux palais, 

Au fond des rustiques chalets, 

L'ennui de mes heures trop lentes...

J'ai sommeillé dans les forêts

Où le braconnier tend ses rêts

Avec des ardeurs malveillantes ;

 

Les arbres se parlaient tout bas...

Un énorme chêne, là-bas, 

Chef de l'église forestière

Officiait je ne sais quoi

Et devant l'éternel " Pourquoi ? "

Je retrouvais ma peine entière...

 

Lorsque, plus tard, las de souffrir, 

Brisé de lutter, de gémir, 

J'ai voulu terminer ma course, 

J'ai cherché, dans le coin d'un bois, 

Pour calmer mon être aux abois, 

L'onde apaisante d'une source...

 

J'ai bu longuement cette eau pure et fraîche

Qui baignait les épais taillis ; 

Comme un frêle esquif, une feuille sèche

Fuyait par les bois recueillis...

- Ainsi poursuit sa marche vive et folle

Tout ce qui vibre sous les cieux ! 

- Vers quelle obscure ou belle farandole

S'en va l'esprit dès qu' l'âme s'envole ? 

- Voit-on dès qu'on ferme les yeux ? 

 

Qui donc viendra, quand l'heure solennelle

S'appesantira sur nos fronts, 

Nous arracher à la hideur charnelle ? 

Qui lavera tous nos affronts ? 

Les faux débris de l'humaine science

Ne nous laissent rien entrevoir...

Jésus prêchait l'amour et l'espérance

Mais il connut aussi la défaillance

En l'écroulement du pouvoir.

 

- D'où jaillira la puissante étincelle

Au fond de l'angoissante nuit ? 

Qui résoudra l'énigme universelle

Qui vaguement recule et fuit ? 

- Qui nous dira ce que le mot suprême

 Cache d'horreur ou de beauté ? 

Est-il enfin, dans le cirrus extrême, 

Un Dieu lointain qui tendrement nous aime

Dans l'éternelle immensité ? 

 

- Renaîtrons-nous à quelque aube empourprée

Ruisselants de tous les soleils, 

Ayant au front l'opale diaprée

De blasons royaux et vermeils ? 

Retrouverons-nous, au fond de notre âme, 

Le sentiment, le souvenir ? 

Auront-ils pour nous la magique flamme

Qui berce le cœur et guide la rame 

De ce paquebot : " l'Avenir ? "

 

- Où vivrons-nous ? Dans d'étroites vallées ? 

Dans des astres mystérieux ? 

Connaîtrons-nous des îles désolées

Que baisent les vents furieux ? 

Où courrons-nous ? Est-ce vers l'humble plage

Où vers l'écueil traître, méchant ? 

Et saurons-nous, après le noir passage, 

Où donc a lieu l'étrange atterrissage

De l'homme et du soleil couchant ? 

 

L'eau roulait toujours, lente, nostalgique...

Le grand bois s'était endormi...

J'allais mourir, triste, mélancolique, 

Solitaire, sans un ami...

Mais, tout à coup, j'ai vu dans la nuit sombre

Une étoile d'or s'allumer, 

Son flamboiement étincelait dans l'ombre

Et ce regard versait à la pénombre

Le besoin de croire et d'aimer ! 

 

- Ô pur rayon ! Messager magnanime ! 

M'apportes-tu l'espoir divin ? 

Reflet vermeil de l'immuable cime

Que mes yeux implorent en vain, 

Viens-tu guider ma démarche incertaine

Vers le havre apaisant et sûr ? 

Pourquoi, grand Dieu, demeures-tu lointaine ? 

Pourquoi ce feu, tragique suzeraine

Du firmament au front d'azur ? 

 

Pourquoi " l'éclat " si la tombe sinistre

Se referme sur ces cercueils ? 

- Ô le calcul de l'énorme registre

Qui totalise les écueils !

Pourquoi faut-il que les êtres chancellent

Ignorants de leur avenir, 

Tandis qu'aux cieux les étoiles ruissellent ? 

Doutes, espoirs, sans pitié nous harcèlent !

Veut-on nous sauver, nous punir ? 

 

Je sens enfin le froid mortel m'étreindre, 

Je vais finir sans un regret ; 

Le vieux flambeau doucement va s'éteindre

Et j'emporterai mon secret...

- Je pars, je pars, mais dans mon agonie, 

Un long bruit d'aile a frissonné...

J'ai vu soudain la " Lueur infinie "

Baiser mon front qu'une aurore bénie

Timidement a couronné.

 

J'ai vu l'extase et goûté la Lumière...

- Ô l'envol soudain de mon cœur

Retrouvant enfin sa grandeur première

Loin du trouble et de la rancœur ! 

Plus de frayeurs, d'entraves et de doutes

En l'émerveillement profond ! 

Le doigt divin écrit le nom des routes

Sur le fronton des invisibles voûtes

Qui soutiennent le bleu plafond ! 

 

Homme, votre père est le mien ! 

Son amour vibrant est le lien

Qui rive, à son front, tous les hommes, 

Si le doute égare tes pas, 

Du moins, à l'heure du trépas, 

Ne crains point les ombres fantômes...

 

Ce ne sera pas un démon

Qui t'appelleras par ton nom

En frappant ta dernière pierre...

Ce sera l'ami de toujours, 

Celui qui veille sur les jours

Où ton âme se désespère...

 

La mort ? C'est l'union des cœurs, 

C'est l'oubli complet des douleurs, 

C'est la paix dans la multitude ! 

- Homme ? En le terrestre chemin

Ne fléchis point !... L'auguste main

Te guide avec sollicitude ! 

 

 

 

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