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Poésies tombées du Ciel 22

18 Octobre 2020 , Rédigé par Gene McBreth Publié dans #Poésie-Spiritualité

 

Que tu sois sous la pourpre ou sous un toit de chaume, 

Tu t'irrites d'être homme et voudrais que l'atome

Dont l'épi se mûrit à l'astre de ton cœur

Te livre sa moisson d'acquis ou de rancœur ? 

Tu voudrais, devançant l'attelage de l'aube, 

Arracher au soleil les rayons de sa robe ? 

Si l'Ourse pouvait te servir d’amphitryon

Comme tu franchirais le pur septentrion,

Chevauchant les azurs vermeils et les nuées ! 

Comme tu surprendrais ces voix diminuées

Par l'ampleur de l'Espace au rythme solennel ! 

Ta curiosité faisant à l’Éternel

Un trou (ce guet-apens de ton inquiétude) 

Qui te permit de voir le Maître, en pleine étude, 

N'est-ce point téméraire, être présomptueux ? 

Es-tu seulement bon, sincère, vertueux ? 

 

As-tu pesé loyalement l'or de ton âme ? 

Jusqu'où peut t'éclairer la lueur de ta flamme ? 

Ton puits a-t-il livré toutes ses profondeurs ? 

Et sais-tu si ton front mérite les splendeurs ? 

L'avenir t'épouvante et tu voudrais connaître 

L'être multiplié qui, de toi, va renaître ? 

Quoi ? Sera-ce une taupe, une étincelle, un lynx ? 

- Silence !... Car la Terre est l'arène du Sphinx... 

Et cependant tout vient répondre à ton angoisse ; 

Les voix, confusément, passent, sans que décroisse

Le doute qui t'étreint en la Terre qui ment.

L'Infini balbutie et ton accablement

Vient de l'infirmité de ton oreille sourde.

- Oh, que la pesanteur est une chaîne lourde !

L'être, l'extase au front, les pieds cloués au sol, 

Voit son rêve attaché, mesuré dans son vol.

En vain l'Ange le montre à l'Ange qui se penche

En balayant le Ciel de sa grande aile blanche ; 

Il ne sent pas, au fond de son cœur ébloui, 

La pénétration des étoiles en lui... 

 L'énormité l'écrase en la nuit ténébreuse...

Autour de lui, tout passe et croule, tout se creuse...

Le passé gît au fond des mornes entonnoirs ; 

Le présent se poursuit sous des cieux clairs ou noirs.

On recule toujours l'ardeur du télescope.

Sans trêve, l'Apparence étend son enveloppe

Sur la beauté tranquille et ferme du réel...

- Homme, ne frémis point ! Le terrestre duel

 

Victorieusement libère tous les êtres, 

Tire tous les verrous, puis, ouvrant les fenêtres

Au vaste tremblement de l'horizon confus, 

Fait toutes les clartés avec tous les refus.

Homme, agenouille-toi ! Que ta soif infinie, 

S'étanche dans la foi ; chasse loin, l'ironie.

Vois-tu, l'être décroît et noircit en niant.

Va ! Ne blasphème pas, car l'inconvénient

Est que toute action, étant d'ombre mêlée, 

Recule dans l'azur, la clémence étoilée.

Crois et redis ce nom prodigieux et beau

Inscrit en lettres d'or par les doigts du tombeau.

Captif, sous le réseau des choses nécessaires, 

Lève le front ! Redresse-toi sous tes misères ! 

 

Ajoute ta prière aux accents émouvants

Que promènent les flots, que propagent les vents.

Ecoute, recueilli, vibrer la plénitude.

Goûte les purs émois que l'âpre solitude 

Égrène, les soirs lourds d'astres et de rayons, 

Joins ta voix éperdue au ciel qui dit : Croyons ! 

Aimons ! Il est ! Il est ! Il est ! Le souffle passe

En ouragan vermeil sur le front de l'Espace, 

Il se fait arc-en-ciel, tonnerre, éclatement

Et c'est un formidable et doux enfantement...

- Homme, tu n'es pas seul ! Malgré que l'ombre immense

T'arrache, avec l'horreur, des gestes de démence, 

Malgré que la douleur fausse ton jugement, 

Sache qu'il te regarde... Il est éperdument, 

Et son baiser divin transfigure ou ranime

La blondeur des édens et l'effroi de l'abîme.

 

Toi seul doutes et crains. Toi, l'acteur du destin, 

Tu frémis de la nuit et trembles au matin...

Ta plainte est un blasphème et s'achève en torture...

- Mais n'as-tu donc jamais admiré la nature, 

L'amour, dans l'homme et l'astre, au fond du ciel vermeil ?

N'as-tu point, échappant à ton morne sommeil, 

Grisé ton cœur trop lourd de visions superbes ? 

Quand les baisers du vent courbent toutes les herbes, 

N'as-tu jamais senti qu'une magique voix

Frissonnante d'ardeur murmurait : " Je le vois ! "

Devant les soirs brodés d'étoiles et de flammes, 

Devant les profondeurs encloses en les âmes, 

Le mystère splendide et profond de la chair, 

Devant l'aube, devant l'azur, devant l'éclair,

 

Oses-tu demeurer le négateur farouche

Dont la colère emplit les yeux, le front, la bouche ? 

- Il est ! Je le redis aux abîmes grondants !

- Il est ! Répétez-le, doux échos obsédants 

Qui peuplez l'infini des cieux et des vertiges !

Il est ! Et rien ne vient éteindre ses prestiges ! 

- Homme, que ferais-tu qu'il n'ait pas accompli ?

Pourrais-tu seulement rayer le ciel d'un pli ? 

Que crois-tu ? Que sais-tu ? Tu n'as, dans ta science, 

Que l'orgueil de forcer l'humaine confiance.

Tu juges au hasard et tu voudrais pouvoir, 

Toi qui n'acceptes rien, imposer ton savoir...

Ne t'en vas pas cogner les soleils, larve noire ; 

Epargne à l'Absolu l'assaut de l'infusoire.

 

Arrière tout orgueil ! Prie et crois seulement ! 

L'esprit humain, chercheur de Dieu, voit par moments

Les rayons flamboyer comme des incendies

Tandis que dans les cieux, parfums et mélodies, 

Portent aux gouffres bleus leurs émanations.

- Ô ne rétrécis point tes émulations !

N'arrête aucun élan ; tout effort volontaire

S'ennoblit du paiement divin et salutaire.

Laisse ton âme en deuil de la fuite des jours, 

S'apaiser sur le cœur qui la berce toujours.

Ne te crois ni trop grand ni trop petit ; contemple

Les grands cieux diaprés ou Dieu cache son temple, 

L'Océan aux flots peins de constellations ; 

Regarde trembler l'algue aux chants des alcyons, 

 

Et tandis que la mer sanglote sur la grève, 

Songe à Lui qui, de loin, t'aperçoit et qui rêve, 

Toujours aimant, toujours penché, doux et vaillant, 

Regardant du même œil égal et bienveillant

La comète traînant sa flamboyante queue

Et l'humain qui l'appelle en l’immensité bleue. 

La nature, vois-tu, trahit son front serein, 

Et, vrillant le mystère aux lourds feuillets d'airain, 

(Bible faite d'azurs, d'ombre, de monts et d'arbres, 

Texte écrit dans la nue et gravé dans les marbres),

Elle épèle, devant l'Avenir étonné, 

Aux confins du nuage où l'orage a tonné, 

Le mot tumultueux, tout puissant, magnanime, 

Que murmure, très haut, tout bas, l'Être Unanime.

 

- Homme, tu n'es pas seul !  Dans le terrestre lieu

Tu gravites suivi par le regard de Dieu.

Que tu sois sous la pourpre ou sous un toit de chaume

Réjouis-toi d'être homme. A jamais, sur l'atome, 

Ton soleil resplendit, prometteur de rayons, 

S'élevant au-dessus des âpres tourbillons, 

Sur l'oscillation lugubre de la vie, 

Ton esprit connaîtra cette extase ravie

Que l'idéal ajoute à l'orbe lumineux.

Plus de doutes, d'horreurs, de limites, de nœuds...

- Comment, de l'idéal, le réel est capable, 

Et tout ce qui nous est caché sera palpable ? 

- Oui ! L'Infini liera par un ordre éternel

L'engrenage moral, aux spirales des formes !

- Toutes les forces sont des aveugles énormes.

Mais cette obscure mort que Dieu te donnera, 

Quel éblouissement elle te jettera

Lorsqu'elle allumera, jaillissante de flammes, 

La constellation formidable des Âmes.

 

 

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